Date de publication : 12 octobre 2026; Auteur : Franck Leger
Le 1er janvier 2019, les régimes complémentaires des cadres (Agirc) et des salariés non-cadres (Arrco) ont fusionné en un régime unique. L’objectif était de simplifier le système et de consolider son équilibre financier. Sept ans plus tard, le bilan est contrasté : le régime est financièrement solide, mais le calcul des droits reste complexe, surtout pour les carrières commencées avant 2019, c’est-à-dire pour presque tous les retraités et futurs retraités.
Une fusion décidée pour sauver l’Agirc
La fusion découle de l’accord national interprofessionnel (ANI) du 30 octobre 2015. Le régime des cadres faisait alors face à une dégradation rapide de ses comptes, avec un risque d’épuisement de ses réserves à moyen terme. Regrouper les deux régimes permettait de mutualiser les réserves et de piloter un système unique, avec des règles communes pour tous les salariés du privé.
Ce que la fusion a réussi
Un pilotage financier solide. Le régime dispose de 91,2 milliards d’euros de réserves à fin 2025. Ses règles de pilotage, en particulier l’indexation des pensions en dessous de l’inflation, ont permis de stabiliser ses comptes sans recours à l’État.
Une règle unique pour les droits acquis depuis 2019. Un seul compte de points, un seul barème de cotisations et une seule valeur de point remplacent les règles distinctes qui s’appliquaient selon le statut cadre ou non-cadre.
La suppression du malus. Le « coefficient de solidarité », qui réduisait la pension de 10 % pendant trois ans pour ceux qui partaient dès l’âge du taux plein sans travailler un an de plus, a été supprimé : il ne s’applique plus aux départs à compter du 1er décembre 2023, et il a cessé d’être appliqué aux retraités concernés à partir du 1er avril 2024.
Ce que la fusion n’a pas simplifié
La fusion a unifié les règles pour l’avenir. Elle n’a pas effacé l’historique : la pension d’un salarié qui a commencé à travailler avant 2019 reste la somme de plusieurs couches de droits, chacune avec ses propres règles.
1. La conversion des points Agirc
Le 1er janvier 2019, tous les points Agirc ont été convertis en points Agirc-Arrco en appliquant un coefficient de 0,347798289. Ce coefficient correspond au rapport entre la valeur des deux points en 2018. Les points Arrco ont été repris à l’identique.
Exemple : un cadre qui avait 10 000 points Agirc en dispose désormais de 3 478 au titre de ce régime. Le montant de sa pension est neutre en théorie, mais une erreur sur le nombre de points d’origine se retrouve automatiquement dans le nombre de points convertis.
2. Des règles anciennes qui s’appliquent toujours
Plusieurs mécanismes antérieurs à la fusion continuent d’affecter le montant de la pension :
- La majoration pour enfants. Pour les droits acquis avant 2012, les règles étaient différentes selon le régime : à l’Agirc, 8 % pour 3 enfants, puis davantage par enfant supplémentaire ; à l’Arrco, 5 %. Pour les droits acquis depuis, la majoration est de 10 % pour 3 enfants, avec un plafond. La même pension peut donc combiner deux calculs.
- La garantie minimale de points (GMP). Elle donnait des points Agirc aux cadres dont le salaire était inférieur au seuil de cotisation Agirc. Elle a disparu en 2019, mais les points déjà acquis à ce titre doivent figurer sur le relevé.
- Les périodes très anciennes. Pour les carrières des années 1970 et 1980 et les anciennes caisses de retraite, les reconstitutions de carrière comportent souvent des lacunes.
3. Des cotisations qui ne donnent pas toutes des points
Le salarié et l’employeur cotisent au taux d’appel de 127 %, mais seuls 100 % du taux contractuel génèrent des points. Les cotisations dites d’équilibre (CEG) et de solidarité (CET) financent le régime sans ouvrir aucun droit. Il est donc impossible de vérifier ses points en partant simplement du montant prélevé sur la fiche de paie.
4. Les points gratuits
Le régime attribue des points sans cotisation pour certaines périodes : chômage indemnisé, arrêt maladie, maternité, invalidité. Ils dépendent des déclarations transmises par des tiers (France Travail, Sécurité sociale) et font partie des oublis les plus courants.
Les erreurs ne sont pas rares
Les erreurs sur les relevés de carrière restent fréquentes. Les situations à risque sont bien identifiées : employeur disparu, salarié qui a changé plusieurs fois de statut, expatriation, temps partiel, périodes de chômage anciennes. Une erreur qui n’est pas corrigée avant la liquidation est beaucoup plus difficile à faire rectifier une fois la retraite en cours de paiement.
Personne ne peut savoir à l’avance si son dossier est concerné, et l’enjeu se compte sur toute la durée de la retraite.
Notre conseil : faire vérifier ses points avant de liquider
À partir de 55 ans, et en tout cas au moins un an avant votre départ :
- Téléchargez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr ;
- Contactez un spécialiste comme Référence Retraite
- Nous vous aidons à corriger les anomalies avant le dépôt de votre demande de retraite.
Ces vérifications demandent du temps et une connaissance précise des règles successives. Référence Retraite contrôle vos droits Agirc-Arrco point par point, ainsi que ceux de votre régime de base. Nous reconstituons les périodes manquantes, vérifions la conversion de vos points Agirc et l’application des majorations, puis nous suivons les demandes de correction auprès des caisses jusqu’à leur aboutissement.
Sources :
- IFRAP : Fusion Arrco-Agirc au 1er janvier 2019
- CCI Paris IDF : Zoom fusion Agirc-Arrco
- Previssima : conversion des points Agirc
- Lefebvre Dalloz : FAQ impacts de la fusion
- Apicil : le régime Agirc-Arrco
- Klesia : ce qui change pour les entreprises
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