10 octobre 2026 ; Auteur : Franck Leger
À la retraite, la complémentaire santé devient un poste de dépense majeur. Pour un couple, les cotisations dépassent souvent celles de la vie active, au moment même où les revenus baissent. Pour aider nos clients à faire les bons choix, nous avons demandé à Adrien Millet, dirigeant de MUTUALIB, courtier spécialisé dans les besoins des retraités, de partager ses conseils.
Un contrat cher n’est pas forcément un bon contrat
Nous rencontrons régulièrement des clients qui paient leur complémentaire santé 300 € par mois, voire davantage, pour un couple de jeunes retraités.
Ce niveau de garantie peut se justifier dans deux cas : vous consultez souvent des spécialistes qui pratiquent d’importants dépassements d’honoraires, ou vous voulez être couvert pour une hospitalisation coûteuse en clinique privée. Mais dans la plupart des situations, le contrat est surdimensionné par rapport aux besoins réels.
Voici les clés pour choisir une complémentaire adaptée et faire des économies.
1. Avant de partir à la retraite, vérifiez vos droits issus de votre contrat d’entreprise
C’est le point le plus souvent oublié. Si vous bénéficiez d’une mutuelle collective obligatoire dans votre entreprise, vous pouvez la conserver à la retraite (dispositif de la loi Évin). Vous devez en faire la demande dans les 6 mois suivant la fin de votre contrat de travail.
Vous payez alors seul la cotisation, mais sa hausse est plafonnée pendant les trois premières années :
- 1re année : aucune hausse par rapport au tarif des salariés ;
- 2e année : hausse limitée à 25 % au maximum ;
- 3e année : hausse limitée à 50 % au maximum.
Comparez cette option avec les offres individuelles avant de résilier quoi que ce soit.
2. Définissez précisément vos besoins
La première année, vous êtes engagé : un contrat individuel ne peut pas être résilié avant un an. Ensuite, vous pouvez le résilier à tout moment, et c’est généralement le nouvel assureur qui s’occupe des démarches. Mieux vaut quand même bien choisir dès le départ, pour trois raisons :
- les frais d’adhésion, souvent autour d’une vingtaine d’euros ;
- les bonus de fidélité : certaines garanties augmentent à partir de la deuxième année ;
- les délais de carence, éventuellement réappliqués quand vous changez d’assureur (voir point 5).
Partez de vos dépenses réelles des derniers mois. Avez-vous consulté des spécialistes qui pratiquent des dépassements d’honoraires importants ? Prévoyez-vous des lunettes ou des soins dentaires hors du panier « 100 % Santé » ? Suivez-vous un traitement coûteux ?
3. L’hospitalisation, la garantie à ne jamais négliger
La Sécurité sociale prend en charge 80 % du tarif de base des frais de séjour, qui représentent l’essentiel de la facture. Mais les montants en jeu sont élevés : de l’ordre de 1 300 € par jour en médecine spécialisée et 1 800 € en chirurgie. En cas de long séjour, ce qui reste à votre charge peut vite devenir important. Il faut y ajouter le forfait journalier hospitalier, les dépassements d’honoraires et la chambre particulière.
Contrairement au dentiste ou à l’opticien, vous ne pouvez pas demander de devis, surtout en cas d’urgence : on découvre souvent la facture à la sortie.
Les contrats « hospitalisation seule » coûtent beaucoup moins cher. Exemple : un couple de retraités né en 1960, habitant Grenoble et relevant du régime général, payait 31,58 € par mois pour une couverture des honoraires à 150 % du tarif de base et une chambre particulière remboursée 40 € par jour (tarif 2022).
Attention : ces contrats ne remboursent ni les consultations, ni les médicaments, ni l’optique, ni le dentaire. Ils conviennent surtout aux personnes en bonne santé qui ont peu de dépenses courantes.
4. Les contrats « responsables » : la norme du marché
Les contrats dits « responsables » représentent environ 95 % des contrats vendus. Ils garantissent au minimum :
- le remboursement intégral de la part laissée par la Sécurité sociale sur ses tarifs de base (le ticket modérateur) ;
- le forfait journalier hospitalier sans limite de durée ;
- l’accès au panier 100 % Santé : une sélection de lunettes, de prothèses dentaires et d’aides auditives sans reste à charge.
Le prix dépend ensuite du niveau de garanties. Pour le même couple grenoblois (tarifs 2022) :
| Niveau de garanties | Cotisation mensuelle (couple) |
|---|---|
| Base : 100 % du tarif de base sur tous les postes, sans chambre particulière | 95,66 € |
| Renforcé : hospitalisation et honoraires à 175 %, dentaire à 250 % | 188,43 € |
Entre ces deux niveaux, l’écart dépasse 1 100 € par an. Il ne se justifie que si vous utilisez réellement les garanties supplémentaires.
5. Les petites lignes à lire : carence et assistance
Le délai de carence est une période, après l’adhésion, pendant laquelle certaines dépenses, souvent l’hospitalisation, sont peu ou pas remboursées. Vérifiez-le avant de signer, en particulier si une intervention est prévue.
Les services d’assistance varient beaucoup d’un contrat à l’autre : aide ménagère après une hospitalisation, téléconsultation prise en charge, second avis médical, assistance juridique, rapatriement en cas d’accident à l’étranger. À la retraite, ces services peuvent faire la différence entre deux contrats au prix proche.
6. Faites-vous accompagner par un courtier spécialisé
Un courtier vous aide à définir vos besoins, compare les offres de plusieurs assureurs, vous explique les conditions particulières et peut s’occuper de la résiliation de votre ancien contrat. Vous ne lui versez pas d’honoraires : il est rémunéré par l’assureur, par une commission comprise dans la cotisation. Certains assureurs ne vendent d’ailleurs leurs contrats que par l’intermédiaire de courtiers




