10 oct. 2026 · Guillaume van Gaver
À partir du 1er janvier 2027, le cumul emploi-retraite change profondément. Pour les nouveaux retraités âgés de l’âge légal à 67 ans, la pension sera réduite dès que leurs revenus d’activité dépassent environ 7 000 € par an. Pour un dirigeant qui continue de piloter son entreprise, la manière de se rémunérer devient décisive : un salaire est pris en compte, des dividendes ne le sont pas toujours. Tout dépend de la forme de la société.
Dans cet article, nous expliquons les nouvelles règles, pourquoi les gérants majoritaires de SARL sont les plus exposés, et dans quels cas une transformation en SAS ou SASU mérite d’être étudiée avec votre expert-comptable. Nous présentons aussi les limites de cette stratégie, qui ne convient pas à tous.
Les nouvelles règles du cumul emploi-retraite en 2027
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 (loi du 30 décembre 2025) remplace la logique du taux plein par une logique d’âge. Les nouvelles règles s’appliquent aux assurés dont la première pension de base prend effet à compter du 1er janvier 2027. Les personnes déjà retraitées avant cette date restent soumises aux règles actuelles.
| Âge du retraité | Règle à partir de 2027 | Nouveaux droits à la retraite |
|---|---|---|
| Avant l’âge légal (carrières longues, invalidité) | Chaque euro de revenu d’activité est déduit de la pension | Non |
| De l’âge légal à 67 ans | Franchise d’environ 7 000 €* bruts par an ; au-delà, la pension baisse de 50 % du dépassement | Non |
| À partir de 67 ans | Cumul intégral, sans plafond | Oui, une seconde pension peut se constituer |
Deux points restent à confirmer. *Le montant de 7 000 € vient de l’étude d’impact de la loi et doit être fixé par décret ; à l’été 2026, ce décret n’était pas publié. Les modalités précises de calcul du revenu pris en compte dépendront aussi de ce texte.
Ce que cela change pour un dirigeant. Aujourd’hui, un dirigeant parti à taux plein peut cumuler sans limite sa retraite et sa rémunération. Demain, entre l’âge légal et 67 ans, une rémunération de 40 000 € par an lui coûterait environ 16 500 € de pension par an.
Pourquoi la forme de votre société compte
Le seuil de 7 000 € porte sur les revenus d’activité. Or le statut social du dirigeant détermine si ses dividendes sont traités comme des revenus du capital ou comme des revenus d’activité.
| Statut du dirigeant | Rémunération | Dividendes | Effet sur le cumul en 2027 |
|---|---|---|---|
| Gérant majoritaire de SARL (travailleur non salarié) | Prise en compte | Prise en compte au-delà de 10 % du capital, des primes d’émission et des comptes courants | Les dividendes peuvent réduire la pension |
| Président de SAS ou SASU (assimilé salarié) | Prise en compte | Non pris en compte : revenus du capital | Les dividendes ne réduisent pas la pension |
| Gérant minoritaire ou égalitaire de SARL (assimilé salarié) | Prise en compte | Non pris en compte | Même logique que la SAS |
En SARL, la part des dividendes du gérant majoritaire qui dépasse 10 % du capital est soumise aux cotisations sociales des indépendants, comme une rémunération. Elle compte donc comme un revenu d’activité pour le cumul. Pour le président de SAS, les dividendes supportent seulement le prélèvement forfaitaire unique, porté à 31,4 % depuis le 1er janvier 2026.
D’où la piste étudiée par de nombreux dirigeants : transformer la SARL en SAS ou en SASU, puis privilégier les dividendes à partir de l’âge légal, en limitant la rémunération sous la franchise d’environ 7 000 €. La transformation ne crée pas de personne morale nouvelle : la société conserve son numéro SIREN, ses contrats et son régime fiscal.
Un exemple chiffré
Prenons un dirigeant de 65 ans dont la retraite prend effet en 2027. Sa pension s’élève à 24 000 € par an, et il souhaite tirer 40 000 € par an de sa société, qu’il continue de diriger.
| SARL, gérant majoritaire : 40 000 € de rémunération | SAS : 7 000 € de rémunération et 33 000 € de dividendes | |
|---|---|---|
| Revenus d’activité retenus | 40 000 € | 7 000 € |
| Dépassement de la franchise | 33 000 € | 0 € |
| Baisse de la pension (50 % du dépassement) | 16 500 € | 0 € |
| Pension versée sur l’année | 7 500 € | 24 000 € |
Si le gérant de SARL remplaçait sa rémunération par des dividendes, le résultat changerait peu. Avec un capital de 10 000 €, presque tous ses dividendes dépasseraient le seuil de 10 % et compteraient comme revenus d’activité.
Ce tableau ne compare que l’effet sur la pension. Le coût total des deux options diffère aussi. La rémunération supporte des cotisations sociales mais réduit le bénéfice imposable de la société. Les dividendes sont prélevés sur un bénéfice déjà soumis à l’impôt sur les sociétés, puis taxés à 31,4 % : ici, environ 10 400 € sur 33 000 €. Seul un calcul complet, mené avec votre expert-comptable, dit quelle option rapporte le plus net dans votre situation.
Exemple simplifié, établi avec une franchise de 7 000 € qui reste à confirmer par décret.
Les limites à connaître avant de se lancer
Cette stratégie est intéressante pour certains dirigeants, pas pour tous. Plusieurs points doivent être vérifiés au cas par cas.
- Elle ne concerne que les nouveaux retraités. Si votre retraite a pris effet avant le 1er janvier 2027, les règles actuelles continuent de s’appliquer.
- Elle suppose des bénéfices distribuables. Sans bénéfice, pas de dividendes. Et ceux-ci sont répartis entre tous les associés au prorata de leurs parts, pas seulement au dirigeant.
- La transformation a un coût. Il faut un vote des associés, de nouveaux statuts, souvent un rapport de commissaire à la transformation, et des formalités légales. Elle se prépare plusieurs mois avant la liquidation de la retraite.
- L’Urssaf peut requalifier. Des dividendes qui rémunèrent en réalité un travail peuvent être requalifiés en rémunération, notamment au titre de l’abus de droit social. Des avances en compte courant débiteur, régularisées ensuite par des dividendes, ont déjà été requalifiées en avantage soumis à cotisations. Des distributions régulières, votées en assemblée et justifiées par les résultats, limitent ce risque. Mais en étant officiellement à la retraite, ce risque est faible
- Les règles peuvent encore changer. Lors du débat sur le budget de la Sécurité sociale pour 2026, un amendement visait à soumettre aux cotisations les dividendes des dirigeants de SAS. Il a été rejeté (Assemblée nationale), mais la proposition revient régulièrement.
- Aucun nouveau droit avant 67 ans. Avec ou sans dividendes, l’activité exercée entre l’âge légal et 67 ans n’ouvre plus de nouveaux droits à la retraite.
- La SARL a aussi ses avantages. Le gérant majoritaire cotise moins que le président de SAS sur une même rémunération. Avant l’âge légal, ou pour un dirigeant qui ne prévoit pas de continuer à travailler, la transformation n’apporte rien sur le cumul.
Il existe parfois une alternative plus simple : devenir gérant minoritaire ou égalitaire, par une cession ou une donation de parts. Cela change toutefois l’équilibre du contrôle de la société.
Dirigeants de SARL : parlez-en dès maintenant à votre expert-comptable
Si vous dirigez une SARL en tant que gérant majoritaire, que votre retraite prendra effet à partir de 2027 et que vous comptez continuer à travailler, faites le point avec votre expert-comptable avant de liquider votre retraite.
- Chiffrez votre situation : pension attendue, revenus que vous tirerez de la société, bénéfices distribuables, nombre d’associés.
- Comparez les scénarios : rester en SARL, devenir gérant minoritaire, ou transformer la société en SAS ou SASU, en mesurant pour chacun la pension conservée et le revenu net après cotisations et impôts.
- Fixez le partage entre rémunération et dividendes à partir de l’âge légal, en gardant la rémunération sous la franchise une fois celle-ci fixée par décret.
- Anticipez le calendrier : la transformation doit être faite, et la politique de distribution documentée, avant la date d’effet de votre retraite.
Référence Retraite travaille aux côtés des experts-comptables. Nos conseillers établissent votre relevé de carrière, estiment votre pension et mesurent l’effet des nouvelles règles sur votre cumul, pour que votre expert-comptable dispose des éléments nécessaires à sa recommandation.
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Article à jour au 10 octobre 2026. Le montant de la franchise reste à fixer par décret, et le budget de la Sécurité sociale pour 2027, en discussion, peut modifier ces règles. Cet article ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé.
Sources
- Village de la Justice – Cumul emploi-retraite, les règles changent à compter du 1er janvier 2027
- Compétence Retraite – Cumul emploi-retraite 2027 : les nouvelles règles
- Juste Retraite – Cumul emploi-retraite 2027 : ce qui change selon votre âge
- Auguste Patrimoine – PFU 2026 : ce qui change pour la flat tax
- Assemblée nationale – Amendement n° 213 au PLFSS 2026 (rejeté)




